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Burn out & Le coping

Comment restaurer ses facultés après épuisement professionnel ?

C’est un processus composé de six différentes étapes ayant pour but de restaurer et reconstituer nos facultés après un Burn-Out.

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Phase 1 : La reconnaissance du problème ?

Il va être le point de départ du parcours, par l’identification et la reconnaissance d’un état « anormal » (troubles physiques et psychologiques, inefficacité dans le travail, etc.) et de la nécessité de prendre des mesures spécifiques et drastiques afin d’y remédier. Cette prise de conscience s’effectue progressivement. En situation d’épuisement chronique, il est évident que le processus de changement ne pourra se mettre en place que si la personne parvient à identifier et reconnaître la situation dite anormale dans laquelle elle se trouve. En cette période, si l’environnement est hostile, sanctions, perte des budgets… cela ne peut que renforcer la culpabilité sous-jacente au déni. Malheureusement, on réagira en résistant à admettre qu’il ne s’agit pas d’une simple fatigue, et que le problème a une dimension psychologique beaucoup plus grande et plus profonde. L’aide de l’entourage peut être fondamentale dans cette prise de conscience. Elle peut être tout aussi néfaste et produire l’effet inverse si on ne se rend pas compte de la gravité dans laquelle la personne atteinte d’un Burn-Out se trouve et qu’elle n’est pas prise au sérieux.Dans mon cas, cette reconnaissance s’est faite progressivement, avec l’aide de mon thérapeute. J’ai compris que mon environnement de travail était la cause de mon problème. Trop de surmenage intellectuel avait causé la perte de mes facultés mentales et physiques. Une fois le problème ou les problèmes identifiés, j’ai évidemment pris conscience de l’origine et de la cause qui ont déclenché ce premier Burn-Out. Mon thérapeute, d’une très grande aide m’a accompagnée vers la guérison. De plus, mon entourage familial a été très humain et très compréhensif.

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Phase 2 : La distance

Dans le cas d’un salarié, l’arrêt du travail s’accompagne d’une mise à distance dont la dimension psychique est particulièrement importante : l’intérêt et le lien au monde du travail sont temporairement mis de côté. Un décrochage mental doit s’opérer. En l’absence de reconnaissance médicale d’un diagnostic d’épuisement professionnel, il reste la possibilité de se mettre en congé. Il pourra être justifié par différents motifs, une demande de formation, un congé parental, une mise à disposition… Chez certains, la démission reste la seule issue possible, les possibilités légales de retrait étant réduites à néant. Dans ce cas précis, cette solution sans issue ne permettra pas le déroulement serein des étapes ultérieures en raison de l’insécurité et de la précarité qu’elle crée. C’est ce qui explique que bon nombre de personnes décident de rester dans un métier qui les blesse de plus en plus lorsqu’aucune perspective de retrait n’est envisageable, au détriment parfois des équipes et des usagers. C’est exactement la situation dans laquelle je me trouvais. Gérante d’une entreprise, comment envisager un arrêt ? Ce n’est pas un simple arrêt de quelques jours, mais un arrêt pour longue maladie qui est nécessaire et c’est tout simplement inenvisageable pour la survie de l’entreprise même si le médecin le préconise. Dans le cas où cette étape de distanciation est effectuée et intégrée par la personne, les autres étapes conduisant à la guérison seront plus simples. Dans mon cas, j’ai compris que je n’arrivais pas à mettre cette distance compte tenu des graves répercussions que cela pourrait engendrer sur mon entreprise.

J’ai usé de stratagèmes pour mettre la distance, refusant l’arrêt total qui était pourtant la seule solution vers la guérison. J’ai pris des vacances plus régulièrement sans culpabiliser et j’ai délégué. Pour fuir les conflits, les problèmes, je passais mon temps à régler la paperasse. Courrier, accusé réception, relances, devenaient mon quotidien, mettre en place une organisation administrative interne afin d’archiver tout courrier, remarques, venant de nos clients et pouvant nous porter préjudice. Je m’occupais de toute la partie administrative de l’agence, des relations publiques avec mes clients et de la recherche de nouveaux budgets.

Autrefois, notre métier était humain et vivant. Nous allions dans les rédactions, nous rencontrions des journalistes, nous étions invités dans les cocktails. Mais ce métier étant en pleine mutation, il se résume aujourd’hui à une boîte mail et des appels téléphoniques. Quelle misère pour un métier de relation ! L’insécurité financière dans laquelle mes clients me plongeaient n’était même plus contrebalancée par l’intérêt du métier. J’en ai souffert, mes collaboratrices aussi, mais nous n’en avons jamais parlé. C’est malheureusement avec le recul et suite au deuxième Burn-Out trois ans plus tard que j’ai compris que je n’avais pas su prendre la distance nécessaire. Il aurait fallu rompre avec mon métier, procéder à une décision drastique, en cessant mon activité, ce que je n’ai pas fait. Que me serait-il resté pour être reconnue dans notre système social ? La précarité me guettait. J’ai opté pour la résistance en espérant des jours meilleurs qui sont finalement arrivés. Mon activité a redémarré pour mieux sombrer à nouveau quelques années plus tard.

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Phase 3 : Restaurer nos capacités

En libérant du temps propice à la détente émotionnelle, physique et mentale. Pour restaurer mes capacités, je me suis mise à déléguer, mais c’est ce qui m’a permis de ne plus être en première ligne face à mes clients et de prendre un peu de recul. Les pleurs sont souvent une soupape au trop-plein émotionnel accumulé pendant cette période difficile. Ils sont fréquents, abondants, et difficiles à contrôler.

Ce Burn-Out m’avait fragilisée, j’étais devenue hypersensible et je pouvais me mettre à pleurer pour un rien. Pendant cette période, je dormais beaucoup, et je ne mettais plus un point d’honneur à être la première et la dernière au bureau. Il fallait que je dorme pour récupérer. La détente physique s’obtient surtout par une mise au repos, de très longues nuits ou des siestes fréquentes. Dès que le corps en ressent le besoin, il faut dormir et ne pas résister. C’est une période de léthargie, comparable à une convalescence. Quant à la détente mentale, on l’obtient en réduisant les stimulations extérieures : pas de discussion, de conflits, ni d’activités complexes. Parler me fatiguait, écouter les autres parler m’épuisait, les bruits m’agressaient, aller faire des courses dans une grande surface m’exténuait. J’ai donc choisi de faire mes achats dans des lieux plus humains et conviviaux.

Cette période de calme, de repos et de solitude relative constitue un contexte favorable pour reprendre contact avec soi-même, avec ses besoins et éventuellement ses désirs. J’ai repris doucement contact avec mon moi, ce qui était primordial. Cette « attention à soi » nous amène souvent à prendre part à diverses activités culturelles et sociales. Ces choix correspondent aux envies de chacun et il faut apprendre à se faire plaisir. Pour y arriver, j’ai trouvé une petite astuce. J’ai noté sur une feuille tout ce que j’aimais et qui me faisait plaisir et tout ce que je ne voulais plus, les inscrivant par ordre de préférence, les hiérarchisant. Dès que l’aisance et la spontanéité reviennent, elles sont caractéristiques de la fin de cette étape qui a été consacrée à l’élimination d’efforts inutiles. J’ai pu observer qu’à ce moment précis, le choix de faire appel à un thérapeute est déterminant.

Seul, on ne peut s’auto diagnostiquer, et on ne parvient pas toujours à trouver des réponses à nos angoisses, on tourne en rond. Il est très important de trouver un lieu de ressourcement et une situation statutaire permettant la mise au repos. J’avais deux lieux de ressourcement, ma maison de campagne où je descendais très régulièrement. Je retrouvais tous mes souvenirs d’enfance, un vrai petit coin de paradis, un lieu calme et paisible où le temps s’arrête. Et puis mon appartement, un cocon invulnérable, personne ne pouvait m’agresser ni m’atteindre. J’étais en sécurité dans mon univers.

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Phase 4 : Analyse et réflexion

Il s’agit d’un temps où différentes orientations peuvent s’offrir à nous et différer en fonction des individus. Dans mon cas, un travail intérieur profond fut nécessaire. Le bilan de nos forces et de nos faiblesses, tant professionnelles que personnelles, mène à des choix qui se concrétiseront dans la prise de mesures concernant l’environnement externe. Diane Bernier dit justement que c’est l’étape dont la durée est la plus difficile à prédire ; elle ne répond pas aux contraintes externes. Cette période cruciale a été décrite comme la plus douloureuse à cause de l’incertitude et du doute qu’elle comporte ainsi que de la difficulté d’agir dans ce contexte. Sous-jacente aux modifications de comportements, d’attitudes ou de décor, on trouve la description explicite ou implicite d’un changement dans les valeurs. Celle que la majorité des personnes doit mettre de côté concerne la perfection dans le travail : être capable de tout, tout le temps.

La deuxième valeur remise en question concerne un certain idéalisme en regard des causes sociales et des luttes institutionnelles. Les personnes portent un regard critique sur ce qu’elles perçoivent comme leur naïveté antérieure et perdent l’intérêt vis-à-vis de certains engagements passés jugés excessifs. La principale valeur de remplacement concerne l’importance de conserver une vie personnelle, et de mettre des limites à l’activité de travail. Les relations et les intérêts personnels ou plus simplement, des moments de solitude, sont devenus très importants. La deuxième valeur prioritaire devient celle du plaisir au travail. Chacun le trouve de façon différente : le contact humain, les nouveaux apprentissages, le défi, les responsabilités, etc.

Après avoir vécu une lente restauration de ma santé, je lui accordais maintenant une attention particulière. La reprise de contact avec le monde du travail se fait sur un mode exploratoire : une recherche de possibilité d’emploi qui soit en accord avec les nouvelles valeurs. Cette étape est plutôt longue : de six mois à deux ou trois ans selon les médecins. L’exploration se présente sous deux modalités principales : les démarches de recherche d’emploi et les emplois à l’essai. Ces derniers se réalisent en dehors du milieu de travail habituel ou à l’intérieur de l’organisme employeur par mutation de poste. Cette période est marquée à la fois par la prudence et la détermination. Si certaines personnes réussissent à obtenir de bonnes compensations financières au moment d’une démission, d’autres, plus nombreuses, se retrouvent sans revenu et éprouvent de grandes difficultés pour survivre décemment.

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Phase 5 : La rupture

C’est l’occasion d’accéder à la transformation. J’ai pu constater diverses formes de rupture de continuité, quand les personnes se retirent de situations inconfortables procurées par leur univers de travail. Ces ruptures ne sont pas toutes du même ordre. Pour certains, le premier niveau de rupture est atteint en imposant une limite à la durée de la présence physique au travail : le travail à temps partiel. Il permet une distanciation émotive et un espace-temps plus large pour la vie privée.

Malheureusement, la flexibilité de l’emploi aujourd’hui restreint le bénéfice d’un travail à temps partiel. Pour une majorité de personnes, le niveau de rupture est marqué par le départ de l’institution d’attache. Certains retrouvent le même genre de travail, d’autres changent ou de secteur ou de service. Enfin, pour un très petit nombre d’individus, la rupture est presque totale. Le temps nécessaire à la restauration des facultés semble dépendre énormément de l’aide et de l’accompagnement que la personne peut recevoir. Parfois, la souffrance s’installe pour toute la durée de la carrière et devient comme une seconde nature. Pour d’autres, la prise de conscience du malaise peut se faire relativement rapidement grâce à la vigilance et au soutien de l’entourage professionnel et personnel de la personne. Chaque étape peut varier de quelques mois à plusieurs années selon l’accompagnement dont on peut bénéficier. Parfois, le processus ne se poursuit pas ou reste bloqué à une étape que la personne ne parvient pas à franchir seule. Ainsi, deux conditions essentielles à l’aboutissement positif d’un syndrome d’épuisement apparaissent simultanément : l’importance de trouver une situation de repos suffisamment longue pour lui permettre de retrouver l’usage de ses facultés sans menacer pour autant sa situation de travail, et l’importance de profiter d’un accompagnement pour l’aider à structurer un nouveau projet.

La nature même de la construction du nouveau projet professionnel nécessite une autre condition essentielle. Il doit être souple et flexible pour permettre à la personne de prendre le temps de réfléchir à ses capacités d’implication dans une nouvelle démarche, et se donner le droit de changer d’orientation si elle s’aperçoit que celle-ci n’est pas tout à fait réaliste. La personne ayant vécu une situation d’épuisement sent confusément qu’elle n’a plus le droit de se tromper.

La situation d’épuisement déclenche une telle souffrance qu’elle menace jusqu’à l’équilibre de vie et peut, si elle persiste ou se répète, menacer jusqu’aux sources de sa vie elle-même. La restauration des facultés passe donc par un besoin de certitude, celui de l’existence réelle de capacités à vivre un changement et d’assurer une nouvelle carrière ou un nouvel avenir. Sans cette précaution préalable, on s’expose à des ruptures successives conduisant à une perte totale de contrôle sur sa vie.

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Phase 6 : Le nouveau projet

Je sais que des personnes vivant dans la précarité, ont, elles aussi pu traverser une période d’épuisement professionnel, mais n’ont pas eu la chance de rencontrer sur leur route un soutien ou une aide. Par conséquent, une condition essentielle est également la confrontation du projet au réel. Le projet lui-même change, il ne répond plus au besoin de s’intégrer socialement, mais à un besoin de manifester ce qui fait l’essence et l’identité de l’être. La construction du projet passe donc par une introspection sur ce qui fait la valeur de la vie.

Certaines activités menées de manière bénévole servent parfois de tremplin à un changement professionnel. Pour d’autres, le retour à des valeurs fondatrices, à des plaisirs ou des joies cultivées dans l’enfance ou l’adolescence va servir de point de départ à un projet professionnel différent. Pour tous, le projet tend à se rapprocher d’une recherche d’expression authentique dans la vie sociale. Ma reconstruction est passée par un nouveau projet orienté dans le secteur du bien-être, ce qui m’a permis d’avoir un avenir. Ma souffrance à moi était liée à la solitude éprouvée dans l’exercice de mon métier, à l’insécurité du statut de gérant, au travail non récompensé par rapport à l’effort fourni. Je n’osais pas avouer à mon entourage les difficultés que je rencontrais, et je me laissais ainsi envahir par un sentiment de culpabilité de plus en plus paralysant qui intensifiait la souffrance. Je me sentais incompétente et inutile. Cette incompétence fictive fait naître un sentiment de culpabilité, mais progressivement on aboutit à une réflexion sur les difficultés réelles d’exercice du travail que l’on pratique et sur les moyens de s’en protéger ou de les surmonter.

Pendant cette période, mon activité professionnelle est repartie, je ne me sentais plus en danger de précarité. J’ai donc pu prendre soin de moi, me reposer, et recommencer à prendre du bon temps…

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